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Relâchement des voyelles fermées 

Description du phénomène

Les voyelles / i y u / ont tendance à se relâcher, c'est-à-dire à s'ouvrir et à se centraliser légèrement, en syllabe fermée.

Symboles phonétiques

On utilise les symboles [ I Y U ] pour transcrire les voyelles fermées relâchées

Exemples

rite         /r i t/          =>      [Ò I t]
poule      /p u l/        =>       [p U l]
lustre      /l y s t r/    =>      [l Y s t]

Conditionnement linguistique

Cette tendance des voyelles fermées à s'ouvrir ne se rencontre qu'en syllabe entravée par une consonne non allongeante (c'est-à-dire une consonne autre que / r v z Z /). Par contre, en syllabe ouverte, ou non entravée, / i y u / gardent leur timbre fermé: vite => [v I t], vie => [v i], vire => [v i {]. Tous les groupes de consonnes, à l'exception de /v r/, fonctionnent comme des consonnes non allongeantes et permettent donc le relâchement. Obligatoire en syllabe accentuée, la règle de relâchement n'est que facultative en syllabe inaccentuée: multiplier  =>  [m y l t i p l i j e] ou [m Y l t i p l i j e].

Conditionnement géographique

Le phénomène est général au Québec et en progression chez les jeunes Acadiens (Lucci 1973). Il ne se rencontre pas en français européen, sauf, selon Dumas (1987), dans certains parlers du Nord de la France et de la Belgique.

Conditionnement social

Ce phénomène est assez neutre et ne fait l'objet d'aucune évaluation négative si le relâchement n'est pas exagéré. Par contre, l'utilisation des variantes tenduesi y u ] là où la majorité des Québécois prononcent [ I Y U ] est perçue comme étant caractéristique des locuteurs snobs ou parlant "pointu".

Conditionnement stylistique

Le relâchement des voyelles fermées s'observe dans tous les styles. Il peut s'atténuer en situation très formelle.

Conditionnement historique

Dumas (1987) et Juneau (1972) observent que le phénomène remonte aux 16e et 17e siècles et qu'une telle alternance entre voyelles fermées et relâchées dès cette époque tendrait à montrer que ce développement n'a rien à voir avec une quelconque influence de l'anglais. Gendron (1966b), partant des données de Rousselot, fait l'hypothèse que le français européen avait aussi, il y a un siècle, des voyelles fermées plus ouvertes en syllabe entravée. Ces voyelles se seraient fermées depuis.

Liens avec d'autres phénomènes

voir Harmonisation vocalique.
voir Relâchement des voyelles fermées devant / v z Z /.

Bibliographie

Boulanger 1986
Brent 1971
Dumas 1974b ; 1976 ; 1981 ; 1987
Dumas et Boulanger 1982
Gendron 1966a ; 1966b
Hull 1956
Juneau 1972
Légaré 1978a ; 1978b
Lorent 1977
Lucci 1973
McLaughlin 1986a ; 1986b
Morgan 1975
Picard 1979 ; 1983
Santerre 1976f ; 1981b
Thogmartin 1974
Thomas 1986
Vinay 1973
Walker 1979 ; 1984
Yaeger, Cedergren et Sankoff 1977